mardi 12 avril 2011

LA BIBLIOTHEQUE PERD SES LECTEURS : fiction N° 5

A partir de ce titre "accrocheur" de presse, un de nos lecteurs a imaginé comment la bibliothèque pouvait bien perdre ses lecteurs . En voici le texte, que nous vous diffuserons par épisodes...

Pour les épisodes précédents, voir les articles du 16, 23 et 29 mars, du 6 avril  2011     

 SUITE(...)

" Je vous connais mais je n'arrive pas à vous remettre " dit-il lorsqu'elle revint avec le plateau. En lui versant la bière elle lança simplement : " La bibliothèque.

- Ah oui la bibliothèque, j'aime bien les livres vous savez.

- Et celui-là, vous l'avez lu ? " lui demanda-t-elle

Il regarda le titre : " Non ça ne me dit rien, ça raconte quoi ? " Elle s'asseya à côté de lui : " C'est l'histoire d'un homme qui se souvient du petit garçon qu'il était en Afrique avant de revenir en France. Son père était resté là-bas et... " et elle continua à raconter du mieux qu'elle pouvait car c'était difficile à résumer. A un moment, elle s'arrêta et se servit l'infusion et Roger enchaîna naturellement le récit qui coula de sa bouche comme une source, fluide, lumineux, chantant, apaisant. Elle l'écouta ravie, sa voix remplissait doucement le coin de la chambre, il termina dans un murmure, la dernière phrase fut comme un souffle. Elle ne fit aucune remarque, ne posa aucune question. Ils restèrent dans le silence un bon moment. Il finit par lui dire : " il faudrait que je rentre chez moi mais je n'en ai pas envie ". Elle lui proposa le clic-clac du petit salon qui jouxtait la cuisine.

Quand elle se coucha, elle ne put dormir, elle resta les yeux grand ouverts à réfléchir dans l'ombre, l'esprit tourneboulé. Ainsi les livres, certains livres, pas tous, avaient le pouvoir d'embarquer. Mais cela n'arrivait pas à tout le monde, seulement à quelques-uns. Il fallait sûrement une sacrée dose, elle cherchait ce mot à la mode qu'on entendait partout, ah oui, une sacrée dose d'empathie avec l'oeuvre pour que cela marche. Enfin elle n'en savait rien, elle supposait. Plus elle avançait dans la nuit, moins elle se posait de questions. Les choses s'étaient soudainement précisées et en même temps, le mystère s'était épaissi. C'est comme la science se disait-elle, plus on en sait, plus ça recule. Alors elle arriva à la conclusion que tout, absolument tout était possible, que ça n'était pas plus extraordinaire qu'un enfant qui prend vie dans le ventre de sa mère ou que le vide et le silence de l'univers qui lui donnaient tant le vertige quand elle y pensait. Il y a tellement de choses qu'on n'explique pas mais auxquelles on croit. Elle était certaine, qu'en secret, chacun à sa manière, priait, même les plus mécréants. Alors pourquoi pas... ça... aussi... Elle imagina Roger P. sautant dans le livre comme on prend l'ascenseur ou le métro, se glissant dans le récit comme on s'installe dans un nouveau lieu, faisant des rencontres, nouant des amitiés... Elle finit par s'endormir une ou deux heures sur le petit matin, mais elle se réveilla brusquement car elle venait de rêver que le clic-clac avait avalé Roger en se refermant sur lui comme aurait fait le livre. Elle courut au salon et trouva le lit défait et vide. Il était parti sans faire de bruit et avait laissé un petit mot : "Merci" et en dessous "je n'ai pas su replier la banquette".

(...) A SUIVRE

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