mercredi 6 avril 2011

LA BIBLIOTHEQUE PERD SES LECTEURS : fiction N° 4

A partir de ce titre "accrocheur" de presse, un de nos lecteurs a imaginé comment la bibliothèque pouvait bien perdre ses lecteurs . En voici le texte, que nous vous diffuserons par épisodes...

Pour les épisodes précédents, voir les articles du 16, 23 et 29 mars 2011            SUITE(...)

Un matin, un lecteur rapporta un roman de Jean-Marie Gustave Le Clézio. C'était un habitué, un fidèle, mais un casse-pied de première qui se croyait toujours obligé de raconter ce qu'il venait de lire et c'était bien des fois un peu longuet. Alors, la bibliothécaire de service l'écoutait poliment, faussement attentive, oui, oui, préparant une habile phrase de conclusion qu'elle balançait au moment propice pour couper court et passer au lecteur suivant qui piétinait, tournait sur lui-même et avait déjà levé trois fois les yeux au ciel. Cependant, là, personne n'attendait et elle l'écouta suffisamment pour comprendre qu'il était étonné d'avoir trouvé dans cette histoire un personnage du nom d'un des disparus, Roger P.. La coïncidence était amusante, mais des Roger P., il y en avait plein les annuaires alors, il pouvait aussi y en avoir dans les romans. Pourtant, chez elle, le soir même, elle eut l'idée d'ouvrir son exemplaire personnel et un peu surprise n'y trouva pas trace de Roger P.. Mais elle se dit que souvent, lors de rééditions, un auteur était tenté de modifier une petite partie de son récit ou de réintégrer un chapitre inédit qu'il n'avait pas jugé indispensable la première fois ou dont l'éditeur n'avait pas voulu. Elle nota le numéro et l'année de parution afin de comparer avec l'exemplaire de la bibliothèque et le lendemain, il s'avéra qu'il s'agissait bien de la même édition.


Elle n'en dit rien à personne, mais ne cessa d'y penser pendant toute la journée et le soir, elle ramena chez elle l'exemplaire de la bibliothèque. Elle grignota vite un morceau et s'assit au petit bureau qu'elle avait installé dans sa chambre, là où elle aimait lire à la lueur d'un spot de table qui laissait le reste de la pièce dans la pénombre. Elle se replongea dans le roman. Dans la soirée, le téléphone sonna dans l'entrée, elle laissa le livre et quand elle revînt, quelqu'un était assis à sa place qui lui tournait le dos de trois-quart. Sans bouger, l'homme dit tout bas : " Qu'est-ce que je fais là ? Qui êtes-vous ? ", puis il tourna son visage vers elle, il avait l'air calme, un peu hébété, comme sous le coup d'une grande fatigue. Elle n'eût pas peur, juste un petit moment de stupeur mais elle comprit tout de suite qu'il n'y avait pas de danger. Elle lui répondit d'une voix qu'elle voulait apaisante : " Moi non plus, je ne sais pas ce que vous faites là, mais nous allons en parler et nous allons comprendre ce qu'il se passe. Voulez-vous boire quelque chose M. Roger P. ? " Il dit " une bonne bière " comme s'il venait de faire une longue randonnée au soleil et était heureux de trouver une terrasse ombragée pour poser son sac et se rafraîchir. Elle prit le livre qui était resté ouvert et l'emmena à la cuisine. Pendant que l'eau chauffait pour sa verveine citronnée, elle vérifia ce qu'elle pressentait : le chapitre où apparaissait Roger P. avait disparu.

(...) A SUIVRE

1 commentaire:

Naly de Salm a dit…

Drrrrr !!!! Suspense lorsque tu nous tiens... Vivement la suite...